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les Récits : Trail de Bourbon 2016 : Quels cirques !
Posté le Samedi 29 octobre 2016 @ 00:28:52 par webmaster

DingDong écrit "

Quand mon oncle m’a demandé, en fin d’année dernière, quand je comptais revenir voir sa petite famille sur l’île de la Réunion, il ne m’a pas fallu très longtemps pour me décider : fin octobre ! C’est en effet à cette époque qu’a lieu chaque année la mythique Diagonale des fous.


Ayant alors relativement peu d’expérience en trail, j’ai vite abandonné l’idée de participer à la Diagonale et à ses 167 km pour 9700 m de dénivelé positif. En revanche, le Trail de Bourbon, avec 111 km et 6430 m de dénivelé positif, me semblait faisable, même si je savais que j’allais en baver. J’ai donc axé une grande partie de ma saison sur cet objectif et programmé divers trails de préparation tout au long de l’année. La seule inconnue était le profil des sentiers réunionnais. Mais bon, y a-t-il vraiment une grosse différence avec les sentiers français et suisses ?


Mercredi 19 octobre. C’est aujourd’hui qu’a lieu la remise des dossards à Saint-Pierre, au sud de l’île. Etant donné que je suis hébergé à Saint-Denis, donc au nord, nous profitons de l’occasion pour longer tout le littoral sous un grand ciel bleu et visiter différents sites touristiques. Une fois sur place, je dois faire la queue durant une demi-heure en plein soleil avant de pouvoir accéder au site de la remise des dossards, puis attendre trois bons quarts d’heure avant d’obtenir le précieux sésame, la faute à une organisation quelque peu chaotique.


Vendredi 21 octobre. Sur l’île depuis lundi, j’ai eu un peu de temps pour m’acclimater, mais j’ai déjà pu constater lors de deux footings à quel point la chaleur pouvait être étouffante ici. Le départ étant donné à 21 heures à Cilaos, au cœur de l’île, dans le cirque du même nom, l’organisation a mis en place un système de bus depuis différentes villes. J’arrive sur place peu après 18h30 et vais directement faire vérifier le matériel obligatoire. Je dépose ensuite deux sacs : l’un d’entre eux sera acheminé jusqu’au poste de ravitaillement de Sans-Souci (après 73 km de course), et l’autre jusqu’au stade de la Redoute à Saint-Denis, où aura lieu l’arrivée. Je me repose ensuite sur la pelouse du stade de Cilaos, à proximité du départ.


Mon objectif, dans un premier temps, est de sortir de la nuit sans casse. J’ai prévu de partir à un bon rythme sur les 7 premiers kilomètres (sur route) afin de me placer avant d’attaquer les sentiers, puis de garder le pied sur le frein afin de ne pas me griller trop rapidement. J’ai en effet conscience que la course sera longue, très longue.


Après ces quelques kilomètres de côtes modérées, nous attaquons la montée du Bloc, qui doit nous mener jusqu’au poste de ravitaillement Caverne Dufour, à 2478 m d’altitude, au pied du Piton des neiges. Nous restons un long moment en forêt avant d’arriver sur la crête du Piton. La pluie et le fort vent me contraignent ensuite à enfiler mon coupe-vent, que je garderai jusqu’au petit matin. Une fois ce premier pointage effectué, nous redescendons, toujours en forêt, par un sentier jonché de pierres puis particulièrement boueux : une vraie patinoire qui m’oblige à me retenir sans cesse aux arbres, branches et lianes. C’est avec soulagement que j’arrive au ravitaillement de Hell-Bourg, après 24 km, où m’attend notamment le responsable du poste, qui n’est autre que le beau-frère de ma tante. Il m’informe que je suis dans les 380 premiers (sur 1290 partants), ce qui a pour effet de me booster. Le temps de remplir mon CamelBak, de prendre une photo et d’avaler une soupe, et c’est reparti en direction du cirque de Mafate.


Ce sont ensuite plusieurs kilomètres de bitume en descente qui m’attendent. J’en profite comme il se doit et déroule tranquillement, porté par de bonnes sensations. J’attaque ensuite la longue montée qui me mènera jusqu’au cirque de Mafate. Alors que j’appréhendais un peu cette section du parcours avant la course, tout se passe (trop ?) bien. J’ai bien conscience que je risque d’y perdre des plumes en prévision de la suite de la course, mais je me dis finalement que tout kilomètre parcouru dans la nuit et le matin sera de moins à courir dans l’après-midi, lorsque la chaleur sera à son comble. Au plus fort de la montée, je me cale derrière un coureur réunionnais et discute un moment avec lui, avant finalement de le laisser derrière moi tandis qu’il commence à ralentir.


Lorsque le soleil se lève vers 5h30, je suis quasiment sur les hauts de Mafate, à 1800 mètres d’altitude. J’éteins la frontale et gère ensuite tranquillement ma course en profitant du parcours roulant jusqu’à Marla, où m’attend la traversée d’une petite rivière. En voyant le coureur devant moi s’en acquitter comme d’une formalité, je décide de passer sur les mêmes pierres que lui… mais me retrouve rapidement les deux pieds dans l’eau ! Je profite ensuite du paysage qui s’offre à moi tandis que je m’approche doucement mais sûrement du clou du parcours : la montée jusqu’au Maïdo, du haut duquel on jouit d’un magnifique panorama sur tout le cirque de Mafate. Juste avant de m’y lancer, je m’arrête au poste de ravitaillement de Roche Plate. Je fais le plein d’eau, bois un peu de cola, puis décide d’aller rapidement à l’infirmerie : j’ai mal sous les deux pieds depuis quelques kilomètres. L’infirmière qui me prend en charge m’explique que j’ai deux crevasses sous la plante des pieds et m’applique une pommade grasse, mais cela ne me soulage que très peu : j’ai toujours mal lorsque je me lance à l’assaut du Maïdo.


Comme je le craignais, cette montée particulièrement raide en plein soleil me fait rapidement tirer la langue. En outre, j’ai de plus en plus mal aux pieds. C’est décidé : j’abandonnerai une fois en haut du Maïdo. Je ne pourrai jamais parcourir tous les kilomètres qu’il me reste dans cet état, il vaut donc mieux arrêter les frais. Je profite toutefois de mes derniers kilomètres pour admirer la vue sur le cirque, prendre quelques photos et profiter de l’ambiance survoltée générée par les nombreux spectateurs postés en haut de la montagne. Après avoir pointé au sommet du Maïdo, je craque nerveusement : j’éclate en sanglots tout en continuant de courir jusqu’au poste de ravitaillement placé un kilomètre plus loin. Je n’en peux plus, il est vraiment temps que cela se termine. Une fois au ravitaillement, je me renseigne auprès d’une responsable du staff médical pour savoir comment procéder en cas d’abandon. Elle m’explique qu’aucun rapatriement n’est prévu par l’organisation et que je n’ai donc que deux possibilités : m’arranger avec des familles de bénévoles rentrant prochainement sur Saint-Denis, ou demander à ma famille de venir me récupérer ici.


Lorsque j’appelle mon oncle (qui suit ma course de près par Internet) pour l’informer de mon intention d’abandonner, il tente de me persuader de continuer, arguant que je suis très bien classé (283e, comme je l’apprendrai après la course), que j’ai encore bien performé dans la montée du Maïdo, et que je dois aller voir un podologue au prochain ravitaillement, à Sans-Souci, avant de décider définitivement d’abandonner. Etant donné qu’il est de toute façon plus facile pour lui de faire le trajet jusqu’à Sans-Souci (sur les hauteurs de la ville de Saint-Paul) que jusqu’au Maïdo, je décide donc de faire encore ces 13 km de descente et d’aviser une fois en bas.


Contre toute attente, la descente est parfaite pour moi : sur la terre en forêt, avec quelques racines pour le fun. Je me fais donc véritablement plaisir malgré mes douleurs aux pieds. Une fois au ravitaillement de Sans-Souci, je récupère le sac de vêtements déposé hier soir au départ et vais ensuite directement me faire soigner. Tandis que le podologue (un Réunionnais très sympa) découvre que j’ai non seulement des crevasses sous les deux pieds, mais aussi une ampoule sous le pied droit et soigne tout cela, j’enlève mon dossard en vue d’enfiler ensuite un t-shirt propre (et surtout sec). Je regarde à nouveau le profil de la course (qui figure sur le dossard, de même que les barrières horaires) et découvre avec une joie non dissimulée que je ne suis pas au 53e km comme je le pensais, mais au 73e ! En effet, ma montre GPS m’a lâché dans Mafate ce matin, et je ne peux donc plus connaître précisément mon kilométrage. Du coup, cela change pas mal de choses : il ne me reste pas 58 km à faire, mais “seulement” 38 km !


Une fois soigné, je change de t-shirt et de chaussettes et repars sans me poser plus de questions. Une descente m’amène jusqu’à une ravine, puis j’attaque une longue montée à travers un village, où de nombreuses personnes me proposent un verre d’eau que j’accepte volontiers. Il est en effet 16h45 et il fait très chaud, surtout en plein soleil. Malgré ma casquette saharienne, je suis bientôt victime d’un coup de chaud : ma tête commence à tourner, et je n’avance quasiment plus. Alors que je m’assieds un instant sur un muret pour récupérer un peu, trois promeneurs me demandent si tout va bien. Je leur explique brièvement la situation, et l’un d’eux me propose de l’eau. Tandis que je décline poliment, il précise : “Bon, elle a encore un petit goût de pastis…” Je reprends ensuite la route, mais m’arrête à nouveau une centaine de mètres plus loin. J’essaye de dormir un peu mais n’y parviens pas. Je repars donc après un quart d’heure : je suis toujours aussi fatigué, mais ma tête ne tourne plus, c’est déjà ça.


J’arrive vers 18h40 au poste de ravitaillement Chemin Ratineau, après 82 km, où m’attend ma famille avec des piles pour ma frontale, des vêtements secs et même une bière, que je refuse finalement. Ce n’est pas l’envie qui m’en manque, mais je préfère terminer la course avant de la déguster ! Après un sentier très technique dans la forêt et une descente difficile dans les pierres, j’arrive à La Possession, où une fête communale a été organisée pour l’occasion. Je repars ensuite en direction de la Grande Chaloupe, sur un chemin jonché de pavés irréguliers qui rendent la progression des coureurs très difficile. En outre, le fait de ne voir que ces pavés, surtout de nuit, est abrutissant au possible. J’apprendrai plus tard que François D’Haene, le futur vainqueur de la Diagonale, a failli abandonner ici même hier. Je commence à être victime d’hallucinations, voyant un ours blanc, des visages ou encore des maisons là où il n’y a en réalité que des pierres. Il faut dire que j’en suis déjà à plus de 26 heures de course et que je n’ai pas dormi depuis 40 heures !


Une soupe au vermicelle et aux légumes, un peu de cola, quelques gâteaux sucrés, et c’est reparti pour la dernière ascension jusqu’au Colorado, sur les hauteurs de Saint-Denis. Alors que je m’attaque de nouveau à des pavés (sur le Chemin des Anglais cette fois), un autre coureur m’emboîte le pas ; nous discuterons durant quasiment toute la montée. J’apprendrai plus tard que cette section du parcours est l’un des endroits qui m’a le mieux réussi, alors que j’en suis pourtant à 107 km de course !


Après un très bref ravitaillement, je me lance ensuite dans la dernière descente, qui s’effectue en forêt, sur un sentier très technique jonché là encore de nombreuses pierres. Autant je me sentais super bien en montée, autant cette descente est un véritable calvaire. J’ai non seulement mal sous les pieds, mais aussi à la cheville et à la cuisse. Je termine donc au ralenti, sans prendre de risques. Le fait de me faire dépasser par de nombreux coureurs à quelques kilomètres seulement de l’arrivée me déprime quelque peu, mais c’est toujours mieux que d’abandonner sur blessure ici, en pleine forêt, aux portes de Saint-Denis !


C’est peu après 4 heures du matin (2 heures en France métropolitaine) que je passe enfin l’entrée du stade de la Redoute, où m’attend ma famille, à quelques mètres de la ligne d’arrivée. Un t-shirt finisher, une jolie médaille, et il est temps de rentrer enfin à la maison, dans un état de fatigue avancée mais heureux. Après 31h06m de course, ce n’est pas de refus !

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