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les Récits : Bertlich 2016 : au mental
Posté le Mercredi 07 décembre 2016 @ 03:23:54 par webmaster

MarcB écrit "

Marathon de Bertlich – 27.11.16
Ca fait un petit temps que je ne me suis plus fendu d'un compte rendu, tiens… Pourtant les occasions n'ont pas manqué: quelques marathons avec Elena, Hambourg avec Fede, le Galloway avec Francesca, Echternach…C'est que le ronron tranquille des kilomètres défilant sous mes semelles m'avait assoupi. Les marathons, un long fleuve tranquille… Qui aurait jamais dit ça? Ce dimanche matin, j'ai fait la longue route jusqu'à Bertlich. Pour la quatrième fois déjà, je me suis levé bien avant l'aurore afin de d'entreprendre un périple vers la lugubre Ruhrgebiet… Lugubre, certes. A fortiori un triste matin glacial de novembre. Mais les gens de là-bas savent recevoir. Aujourd'hui, pour la 100me fois (!) avaient donc lieu les Bertlicher Strassenläufe, un événement devenu incontournable dans la région et qui allait attirer plus de 1000 participants pour l'ensemble des distances proposées (850 mètres pour les enfants, 5k, 7.5k, 10k, 15k, semi-marathon, 30k et marathon). Tout se déroule sur un circuit (de 14 km pour le marathon) à travers les communes de Herten, Marl et Polsum. L'organisation est rodée comme du papier à musique et l'accueil chaleureux…

A 10 heures 30, nous étions une centaine à attendre le départ du marathon. Dès le petit déjeuner, j'avais compris que la journée serait difficile. Pour courir un marathon, il est indispensable d'avoir la tête et les jambes. Je n'avais, ni l'une, ni les autres… J'avais entretenu l'illusion que mes doutes céderaient la place à l'envie pendant le voyage, comme c'est si souvent le cas… Mais, non! Rien à faire. Je me serais retrouvé à Kampenhout, j'aurais tourné les talons illico et me serais replongé sous la couette. Mais bon, là je venais tout de même de me taper 260 kilomètres… La journée promettait d'être intéressante: j'allais devoir mettre à l'épreuve mon imagination pour trouver les subterfuges et autres incitants qui feraient décoller mes jambes en espérant que le moral suive.

A Bertlich, le marathon se court en trois boucles. Va donc pour un premier tour, genre "on verra bien ensuite". Je me place donc à l'arrière du petit peloton, pour la plupart constitué de grognards expérimentés et c'est presque bon dernier que je m'élance (façon positive de formuler ma grotesque mise en route). Le premier kilomètre confirme déjà mes craintes: ça fait chier… Mince, c'est un état d'esprit que je n'ai jamais connu auparavant. J'essaie d'en tirer profit: voilà une bonne occasion de tester ma force mentale. On sort de Bertlich pour bifurquer à droite et emprunter un sentier qui serpente à travers champ de patates et de maïs. Heureusement, aujourd'hui il n'y a pas de vent. Deuxième kilomètre: je n'y arriverai pas. J'ai beau me dire que je n'ai jamais abandonné un marathon, le petit diable qui titille mes neurones se pavane en me narguant. "Il faut bien une première fois", assène-t-il de son horrible voix grêle de faux cul maléfique. La petite montée du pont qui enjambe la voie de chemin de fer est insupportable. Je suis gros, j'ai le souffle court. Merde et re-merde. Pourtant, ma vitesse n'est pas très éloignée de celle que j'avais envisagée : je navigue tranquille à 5'20 le kilomètre et mon but initial n'est autre que d'ajouter une ligne à mon palmarès. Du moment que c'est en moins de 4 heures, c'est bon.
Les premiers semi-marathoniens, partis peu de temps après nous, commencent à me dépasser comme des fusées et nourrissent mes instincts meurtriers. Je tente autre chose: je vais ralentir. Peut-être que la course sera plus confortable? Les 5me et 6me kilomètres sont consacrés à cette nouvelle expérience… Rien n'y fait. Il me semble que je cours depuis trois jours, mais je n'ai même pas fait la moitié de la première boucle. Je m'efforce de chasser ce calcul de ma caboche. Suivent alors deux kilomètres plus faciles. Légère descente et jolis paysages. Mais le répit est de courte durée. Le diable est de retour et me fait noter avec beaucoup de justesse que ma foulée n'a vraiment rien d'élégant. Genre sumo chaussé de talons-aiguilles… Je lui rétorque, peu convaincu par mes propres propos, qu'elle a tout de même le mérite de me faire avancer. Cahin-caha, je me traîne jusqu'au onzième kilomètre: une piste cyclable endommagée le long d'une grande route où fusent des bolides immatriculés à Recklinghausen ou Gelsenkirchen. De quoi plomber davantage mes mollets… Et mon moral. Heureusement, tout au bout de celle-ci nous retraversons la Marler Strasse d'où l'on devine la zone d'arrivée. Il faut encore franchir un long sentier creux au revêtement caillouteux où les appuis sont d'autant plus difficiles que ma foulée est … euh… rasante. Pas économique, hein… Non, c'est juste que ça m'emmerde de lever les pieds.
Treizième kilomètre, je passe devant le parking du supermarché real où est garée la voiture. Le diable me fait remarquer que s'y trouvent de bonnes choses à manger et qu'en trois coups de cuiller à pot je serais bien au chaud à me goinfrer… Au fond, pourquoi en rajouter? Que dois-je prouver? A qui? Personne ne le saura. Allez…. J'arrive à faire la sourde oreille, je continue. Le dernier kilomètre du circuit est plaisant: ça descend et les coureurs qui attendent le départ de leur course nous encouragent chaleureusement. Je bombe le torse, souris au photographe et oublie d'abandonner. C'est parti pour la deuxième boucle. Les vivats s'éteignent, on ressort de Bertlich et le cafard se réinstalle. Je suis tenté de faire demi-tour! J'essaie de me persuader que le semi est proche et qu'il ne manque que 6 kilomètres pour basculer dans la deuxième moitié de course. Mais immédiatement, je me rappelle à quel point les six premiers kilomètres m'ont semblé looooooongs… Bon. Il est temps de tenter une autre technique. J'essaie de penser à autre chose, de déconnecter, d'enclencher le pilote automatique. Mais ça ne marche décidément pas: mes jambes lourdes comme des enclumes accaparent toute mon attention. Impossible de faire abstraction. Alors, je me dis que c'est chouette: je suis en train d'éprouver de nouvelles sensations et d'inventer les manières d'y répondre. Ouais, bof. J'ai toujours dit que je courrais tant que ça m'amuse et là, vraiment, ça ne m'amuse pas. Mais alors pas du tout.
Un pas après l'autre, j'arrive à mi-circuit. A nouveau, deux kilomètres d'un peu mieux… Les chevaux, les prairies, les petits zozios, tout ça… Puis, il se met à pleuvoir. Je rêve ou quoi? La pluie par-dessus le marché? Semi en 1h54. M'en fous. La piste cyclable. Le chemin cabossé. Le parking. La voiture. La voiture!!!! Sa tartine au miel, sa banane, son coca. Je crève de faim. Allez, personne n'en saura rien…. Mon sale caractère me sauve: je balance une droite en pleine tronche au diable. La descente vers le stade. Il n'y a plus personne. Toutes les courses sont parties. Je prends quand même à droite, comme un robot. Et rebelote pour un troisième tour. A ce moment, la conviction que je finirai malgré tout aujourd'hui me booste un peu et je passe sans encombre au-dessus de la voie de chemin de fer. Un répit de trois kilomètres qui constituera mon chant du cygne.
Voilà le mur. Enfin, je pense que c'est le mur. Au moment où la tête allait un peu mieux, les jambes me lâchent. Il reste pourtant 11 kilomètres à tenir. Onze, c'est presque deux fois six. Mais pourquoi est-ce que je fais ça? Commence un long et douloureux compte à rebours. Mon allure s'en ressent, même si ce n'est pas dramatique. Je suis fatigué, j'ai la dalle, j'en ai marre. Par chance, je n'ai pas oublié d'emporter mes gels, cette fois. Ils m'offrent chacun quelques centaines de mètres moins difficiles aux kilomètres 32 et 37. Pour le reste, inutile d'insister: je me fais dépasser par un vétéran 26 qui m'encourage gentiment à lui emboiter le pas. Je n'y arrive pas bien longtemps. *tain!! Piste cyclable, chemin infernal. Voiture. Là, pour la première fois, je souris. C'est la descente et je bifurque à gauche. La speaker annonce mon nom et me félicite, car je suis le premier Luxembourgeois de la course. Gnark, gnark, gnark. Je longe le stade, puis c'est le dernier tour de piste et enfin l'arrivée au bout de 3h50 de calvaire…. Le vétéran 26 me tend la main et engage la conversation… Mais je coupe court et ne m'attarde pas. Je file immédiatement à la voiture. Le coca est glacial. Imbuvable. Et je n'ai plus faim. Il me faut quelques minutes avant de me laisser aller éprouver un léger sentiment de satisfaction : j'ai été la chercher loin dans l'ennui, cette 191me ligne à mon palmarès.
Merci de votre attention.


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MarcB
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2011/07/06
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