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les Récits : SaintéLyon 2009: Une nuit lumineuse et grandiose
Posté le Dimanche 13 décembre 2009 @ 22:16:00 par webmaster

nabot écrit "


6H30. Je me réveille d'un sommeil profond. La veille, ce fut nuit blanche, des images
et émotions qui s'entremêlent dans mon esprit. Les jambes courbaturées, je marche
comme un automate. Une nouvelle semaine de travail commence. Un week-end peu
commun vient de s'achever. Comme des milliers de coureurs, j'ai vécu intensément
cette 56ème édition de la SaintéLyon, course pédestre de 69 km à travers les monts
du Lyonnais. Récit d'une nuit épique et grandiose, à la dimension de la course.
Samedi soir. Détendu, je pars dans l'inconnu. Inscription tardive, préparation
minimale, troisième participation au raid solo, une SaintéLyon ne se refuse pas
quand on est un Delore. « Une évidence » comme le résume si bien Renaud
Pramayon, un ami coureur. La doyenne des courses ultra, c'est Noël avant l'heure.
Laurence, ma femme, a maintenant l'habitude de voir son mari jouer le noctambule
chaque premier dimanche de décembre. Jamais rassasié. Comme mon père, inscrit
pour la 23ème fois, qui garde bon pied, bon oeil. Mon frère,après le raid Le Puy-
Firminy (70 km) couru deux semaines auparavant, va participer « en off », sans
dossard, en nous rejoignant en cours de route. Mon père me fait parfois penser à
Michel Serrault dans le film Le viager: plus il avance candidement dans l'âge, plus il
pète le feu, il va tous les enterrer! Sauf que dans la réalité, avec de l'arythmie
cardiaque, son état de forme est variable. Et la SaintéLyon, ce n'est pas du cinéma:
un véritable toboggan nocturne de 69 kilomètres à travers les monts du Lyonnais et
le GR7.

AMBIANCE ELECTRIQUE

Au départ, un mélange d'appréhension et d'excitation se lit sur les visages. 5600
illuminés: on refuse maintenant du monde pour braver la nuit et le froid. Pour
certains amis comme Bruno Achard, François Mirodatos, Richard Delorme
ou Sébastien Laudes, c'est leur première participation. Placé dans les premières
positions pour éviter la cohue, je discute avec Wendy Dillon et Thierry Levasseur,
des amis coureurs des Yvelines. On les appelle les « Givrés », des passionnés de
courses longues distances et dotés d'un état d'esprit très convivial.
A une minute du départ, l'animateur demande aux participants toutes lampes
frontales allumées: « Avez-vous fait le bon choix ? » ... « Oui!!! » C'est une course
en ligne, de Saint-Etienne à Lyon, je ne peux donc plus rebrousser chemin. Aller au
bout, profiter à fond de l'ambiance électrique, partager pleinement l'événement avec
des amis coureurs et ma famille, voilà trois bonnes raisons de partir à l'abordage.
Le tube « Magnificent » de U2 retentit. Il est minuit, la meute est lâchée dans les
rues de Saint-Etienne.

JEU D'EQUILIBRISTE

L'entame se fait à près de 14km à l'heure! Dès les premières pentes de Sorbiers, au
km 8, je ressens des courbatures aux quadriceps. Sensations inhabituelles.
Inquiétude vite dissipée quelques instants plus tard, je dose mon effort. Le parcours
m'est familier. Premier sentier, noire complet, la nuit nous appartient maintenant. Un
jeu d'équilibriste débute. Champ de vision rétréci, appuis hasardeux, sensations
fortes garanties. On ne maîtrise pas les éléments. En se retournant parfois, des
dizaines de loupiotes virevoltent. Image saisissante et irréelle. Passé le
ravitaillement de Saint Christo en Jarest, il y a un monde fou le long des
balustrades. Jusqu'à Saint Catherine, on emprunte le parcours le plus sauvage.
Quelques pentes raides où la marche rapide est de mise. Peu après Moreau, au
début d'un énième sentier, un groupe de supporters a installé des lumignons autour
d'une croix: l'incandescence de la lumière tranche avec l'obscurité. C'est féérique.
On aperçoit les lumières de la ville au loin. Au ravitaillement à Saint-Catherine, Des
bénévoles exemplaires sont au petit soin pour les coureurs. Un grand chapiteau est
dressé avec des tables fournies en nourriture et boissons, sur plusieurs dizaines de
mètres! La SaintéLyon est devenue une grosse machine bien huilée.
Un bon tiers du parcours avalé sans encombre, cela rassure mais la suite est
incertaine. Après le traditionnel Bois d'Arfeuille, toujours délicat à franchir, premier
coup de pompe. Tous ces sentiers dans la pénombre exigent beaucoup de
vigilance. Quelques coureurs me dépassent, comme Catherine Dubois, la traileuse
de Villeurbanne. Après Saint-Genoux, un nouveau chemin se rajoute au programme
cette année. Une pente aussi raide et qu'inattendue. Je puise dans mes réserves.
1300 mètres de dénivelé positif, 1700 de négatif, les organisateurs vont nous faire
courir jusqu'en dessous du niveau de la mer, si cela continue ! C'est la mi course.
Vais-je tenir la distance ?
L'on récupère ensuite l'itinéraire traditionnel vers Soucieu: une longue descente, en
pente douce, où les premiers relayeurs partis à une heure du matin de Saint-Etienne
nous dépassent à vive allure. De vrais mobylettes au milieu de piétons! Le sentier
du Marjon est l'occasion de croiser des randonneurs partis avant nous. Une
pérégrination à la belle étoile. A chacun son rythme, respect mutuel.

LE LIEVRE ET LA TORTUE

Retour à la civilisation à Soucieu en Jarrest. Le ravitaillement advient
opportunément: Je grignote quelques vénérables biscuits TUC. Cela change du
sucré. Avec du thé, ces petits amuses gueules se digèrent bien. Le plat de
résistance est avalé. Reste le final, la portion urbaine du parcours, en forme de
dessert. Il était convenu avec Pierre, mon frère, de se retrouver pour partager pour
une fois cette nuit pas comme les autres.
Parti à 3h30 de sa maison à Brignais, il remonta en sens inverse le tracé depuis la
passerelle du Garon. Rendez-vous pris entre 4h et 4h30, à la sortie de Soucieu. La
jonction a lieu comme prévu. Encouragements, quelques plaisanteries, l'ambiance
est détendue. Pour une fois, les rôles sont inversés. Passage du Garon, traversée
de Chaponost, descente vers les Acqueducs de Beaunant: le lièvre (Pierre) tire la
tortue (Alexandre).

SECOND SOUFFLE

A Beaunant, il est 5h30 passé, je ne suis pas loin du KO. J'ai dans la tête la musique
de Rocky IV « l'oeil du tigre » entendue par hasard à la radio le vendredi soir. Cela
galvanise. Dans la côte de Saint-Foy les Lyon, je débranche le cerveau, la pente
avoisine les 20 %. Au sommet, je tente de repartir en courant. L'effort est laborieux.
Début de crampes aux cuisses. Ce toboggan pédestre y est pour quelque chose.
Puis la route s'aplanit et c'est la renaissance. Le fameux second souffle. Je ne sais
pas où je vais chercher toute cette énergie après 60 kilomètres, mais je crois que le
soutien moral du grand frère m'a piqué au vif. J'avale désormais les bornes à 12 km
à l'heure.
Autre nouveauté du parcours: la remontée sur la colline de Fourvière, une façon de
mettre en valeur le patrimoine lyonnais. Une côte de 300 mètres à plus de 15 %. On
dévale ensuite comme des lévriers la montée du Gourguillon pour atteindre la place
Saint-Georges. On enjambe dans la foulée la Saône par une passerelle piétonnière
toute illuminée. La ville des lumières est encore endormie. Quelques rues pavées,
traversée du Quartier d'Ainay, pour rejoindre la place Carnot. Le parcours est
rallongé par rapport à l'an dernier. Qu'importe, j'éprouve un réel plaisir à conclure
ces derniers kilomètres. Un passant interpelle un signaleur, place Carnot: « Ces
coureurs, d'où viennent-t-ils ? ».

CHAIR DE POULE

Reste 3,5 kilomètres pour rallier le Palais des sports de Gerland. Lors de mes deux
premières participations, j'avais terminé presque à la ramasse. Cette fois, malgré le
manque d'entraînement, je suis en meilleure forme. Les courses d'ultra-marathon
réservent décidément de l'imprévu. La tête commande les jambes et celles-ci
obéissent. Comme à l'entraînement...La dernière ligne droite dans le parc de
Gerland est grandiose avec des allées éclairées aux flambeaux et des jeux de
lumière. J'ai la chair de poule. 6h52 d'un beau périple. A l'arrivée, je remercie mon
frère, son soutien a été précieux. Je partage ma satisfaction avec Bernard Suzat et
mes impressions avec Florian Racinet, un grand spécialiste des courses nature
dans la région: « la SaintéLyon, c'est le rassemblement des sportifs et randonneurs
venus de tout horizon. Un événement qui fédère. Une course unique en son genre ».
Après l'annulation- coup de tonnerre du marathon de Lyon, au printemps dernier,
les coureurs locaux sont comblés par cette nuit enivrante.
Quelques minutes après mon arrivée, mon frère rejoignit mon père sur le parcours.
Pour finir ensemble. 40 bornes d'abnégation, chapeau bas le grand frère!
Toute la matinée, des centaines de coureurs vont franchir, fatigués mais heureux
comme des gosses, la ligne d'arrivée. Comme mon cousin, Vincent Nourrisson, qui
a accroché son premier dossard à cet occasion. Aller au bout de soi-même, sans se
cramer. Doser son effort, selon ses capacités. L'écrivain japonais Haruki Murakami,
un mordu de course à pied, dans son livre Autoportrait de l'auteur en coureur de
fond, décrit bien ce besoin de dépassement de soi et d'équilibre avec les éléments
naturels.
Encore donc une SaintéLyon vécue passionnément, inattendue par certains
aspects, une grande fête de la course à pied et de l'amitié, une nuit de lumières
inoubliable.

Alexandre DELORE
Licencié à l'Entente Sud Lyonnais

"

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    Seuil

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    Re: SaintéLyon 2009: Une nuit lumineuse et grandiose (Score obtenu : 1)
    par basilio (chevaleresque_75@hotmail.com) le Mardi 15 décembre 2009 @ 06:44:46
    [ Informations sur l'auteur ]
     
    Merci je n'y étais pas mais tu m'y as transporté, une fort belle démonstration d'unité familliale au delà de cette grande famille que forment déjà les coureurs d'ultra.Bonne continuation


     
    Re: SaintéLyon 2009: Une nuit lumineuse et grandiose (Score obtenu : 1)
    par colange le Mardi 15 décembre 2009 @ 09:00:32
    [ Informations sur l'auteur ]
     
    super récit , je suis impressionnée par la précision des détails du parcours . Moi , je m'embrouille un peu , beaucoup dans mes souvenirs. je suis contente de retrouiver certains détails que j'avais ouibliés. merci pour tous ces souvenirs . bravo pour ta course , belle coopération familiale . il est dommage que nous n'ayons pas pu nous renconter à st étienne . la prochaine fois peut être ?


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