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Nice-Cannes 2023 : Du vent et des vagues

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Depuis des jours, il pleut des cordes sur le Sud-Ouest, deux violentes tempêtes sont annoncées… La pluie a continué hier sur la côte d'Azur, et toute la nuit. Mais le miracle espéré s'est produit ! (c'était prévu), et ce matin le ciel est limpide, alleluyah. Par contre, Eole a une forme olympique et se régale à 20-30 km/h plein ouest établi, avec des rafales annoncées à 60-70 km/h, on va s'amuser ! Nono vient pour la 15ème fois en découdre avec le parcours, il est l'un des rares, lui le local, à avoir bouclé toutes les éditions -édition virtuelle Covid 2020 incluse- , alors que moi l’étranger je n'ai que 8 étoiles sur mon dossard au départ (mais Général 8 étoiles, c’est bien quand même, hein!).

C'est ainsi que deux coureurs en croc's multicolores et uniforme violet des Laurette Fugain (tutu en plus pour moi) débarquent sur la Prom après avoir confié le minuscule sac consigne aux gentils bénévoles. 

 

Eole n’est pas seul car il souffle aussi un petit vent de nostalgie lorsqu’avec un grand plaisir on retrouve quelques figures historiques de CLM pour la légendaire photo devant le Rühl au départ, parmi lesquels notre président fondateur Riri06 ressuscité parmi les coureurs, Benoît "Aïoliiiii Run", JeanNo "RoadRunner38", Laurence la coccinelle... Des tonnes de souvenirs et d'odeurs de vieilles légendes de course remontent à la surface...

 

L'impressionnante foule bariolée rejoint peu à peu son emplacement dans les sas non sans prendre le temps d'admirer la puissance de la mer qui attaque fort les digues encore et encore sur fond de soleil levant... Les embruns arrosent le peloton d'une brume salée, l'enveloppant dans un halo illuminé par le contre-jour.

 

De l'arrière où on s'est positionnés avec Nono, on entend les cris du speaker qui, loin devant, lance la course dans un feu d'artifice de confettis et d'étoiles.  Autour de nous 2 joëlettes se mettent en marche. Nos (magnifiques) croc's font toujours autant réagir, entre étonnement, rires, ou compassion (arf, quelle imposture !). Un authentique coureur Corse me fait gentiment mais fermement (à la Corse, quoi!) remarquer que “Doumé” - écrit sur mon dossard - ne prend pas de U, à l'image du sien ! Allez, sans rancune, et bonne course, Dume !

 

C'est parti, la Prom nous sort de Nice, on file tout droit. Je suis très vigilant, l'an dernier je me suis pris une grosse gamelle pile au km 5 en regardant mon chrono, ça commençait bien... la route défile, le rythme est bon, on passe le 1er relais qui marque le premier arrêt technique pour moi au km 11 à  Cagnes sur Mer au niveau de l'hippodrome. Ma vessie devient bien impatiente ces temps-ci...

 

Km 13-17, la traversée de Marina Baie des Anges nous offre ce long passage où on peut se rassurer en croisant tous les coureurs qui sont restés derrière nous, tout en ignorant ceux qui sont devant (pourtant il y en a beaucoup plus !!), l'occasion aussi d'encourager Riri06, concentré sur son pace. Le passage au pied des gigantesques pyramides blanches est toujours aussi magique, une belle réussite architecturale qui vieillit bien. C'est impressionnant de lever le nez en imaginant la densité de population ici en été...

 

On aura ensuite cette loooooongue, interminable, ligne droite qui longe la voie ferrée jusqu'à Antibes. Le vent souffle mais on a été relativement épargnés en cette première partie de course. 

 

Les deux tempêtes successives Ciaran et Domingos ont gonflé la mer, la couvrant d'écume; de fortes vagues déferlent sur la côte, à tel point que la route est copieusement arrosée à de nombreux endroits, les coureurs longent le côté opposé à la plage pour éviter l'aquaplaning.

 

En m'enfermant dans ma bulle, je maintiens un bon rythme pour passer au semi en 2h10, sans doute un peu rapide, me dis-je alors. Avec Nono on fait l'élastique, il est juste devant moi au semi, mais je vais le voir disparaître inexorablement.  

 

Ca s'est bien gâté ensuite.

L'énergie a commencé à quitter le navire petit à petit pendant que les douleurs de mes deux hernies enflaient (les hernies elles-mêmes sans doute aussi). Le profil de la seconde moitié de course n'est pas innocent dans l'affaire mais ça je le savais depuis longtemps! Le fort carré d'Antibes ouvre le bal avec son petit cul de cul au km 23.

 

Une demi-heure après, en 1/3 course et 2/3 marche, la montée de la Garoupe est faite, et nous sommes récompensés par la descente avec vue, je fais quelques arrêts photos dans les virages tant c’est beau : sous le ciel azur du cap d'Antibes, le bleu turquoise de la mer est zébré de moutons blancs. Le vent d'ouest monte en puissance, les rafales poussent les vagues qui cassent brutalement sur les parapets, le spectacle est grandiose, et assez inattendu ici ! Autour du km 30 sur le  boulevard qui sinue le long des plages, soudain je sens, puis vois une vague me tomber littéralement dessus de trois quarts arrière, c'est la Bretagne ! Une petite déviation nous éloigne momentanément de ces embruns récalcitrants, nous évitant ainsi un passage trop risqué…

 

La traversée de Juan les Pins fait du bien au moral grâce à la foule jamais avare d'encouragements, il faut dire que mon tutu violet aide bien.

 

Km 34. Sur le boulevard du Littoral avant le port de Golfe Juan, un camion de pompiers éloigne les coureurs du côté plage pour leur éviter un bain de pied et une électrocution, des câbles traînant sur le bitume... 

 

On enchaîne alors sur ce long passage qui ondule sur les hauteurs de Golfe Juan avant de plonger vers la côte au km 39. Ce sont les derniers km en mode intériorisé pour rester dans le coup. Je me concentre sur ma respiration en rentrant fort les abdos pour calmer les douleurs inguinales...

 

Km 41, après avoir longé la mer on rentre dans le port par un dernier virage vers la droite au cap de la Croisette, et brutalement une forte rafale de face me stoppe net, incroyable, je prends mon buff à la main avant qu'il ne s'envole définitivement... alors commence la dernière ligne droite sur la Croisette, la route se fait plus étroite quand les barrières annoncent l’ultime effort. Je réalise vite que je ne ferai pas le sub-4h40 brièvement entrevu alors que j'étais encore sur les hauteurs, mais je terminerai un peu plus vite que l'an dernier, oorah ! Le sol est jonché de confettis, il y a eu une fête ici ?! mais pas de jets de confettis lorsque je passe sous l'arche… 

On nous donne tout de suite une petite bouteille d'eau, et une belle et imposante médaille (on est à Cannes !)

Nono m'attend juste derrière la ligne, et je me rends compte que si je ne l'ai plus vu après le semi, il n'était qu'à 2 minutes devant... De la relativité des impressions spatio-temporelles ! 

 

Mais la course n'est hélas pas finie pour autant.

 

En effet, malgré les annonces d'un espace dédié aux finishers, une sorte de paradis bien mérité par les warriors, il nous faudra faire la queue longtemps pour pénétrer dans ladite zone, entassés et piétinant dans une ambiance de métro aux heures de pointe, sous un soleil de plomb, puis une autre queue pour récupérer le t-shirt finisher, puis une troisième pour reprendre les sacs consigne, et enfin une quatrième pour recevoir une petite assiette ravito qui ne valait pas du tout cet effort. On n'y est donc pas allés, assez déçus par  cette gestion de l'arrivée totalement indigne de l'organisation d'un événement de cette envergure. Je me demande ce que pensent les très nombreux coureurs étrangers venus goûter le mythe de la French Riviera. Non, vraiment, ASO se moque des coureurs en se concentrant sur le profit, alors que tant d’autres organisateurs aux moyens bien plus modestes savent recevoir… L’expo marathon de début de course réduite à peau de chagrin illustre bien aussi cette dégradation, quand on se rappelle les grands événements des débuts. On a échangé à ce propos avec quelques bénévoles à l’arrivée, les pauvres étaient désolés… Ça restera le gros bémol de ce marathon.

 

Malgré ce couac, le souvenir restera grâce au ciel bleu celui d’une merveilleuse promenade sur la Côte d’Azur, les organisateurs devraient remercier Mère Nature qui a une grosse responsabilité dans le somptueux décor ! J’y reviendrai donc sans doute chercher ma 10ème étoile, mais sans espoir particulier au plan de l’accueil…



*** Petit bonus festif pour se remonter le moral ***



Le samedi suivant je retrouvais mes copains fêlés au marathon du Cognac à Jarnac. Guitare électrique en bandoulière, longs cheveux rouges, lunettes noires, leggings à fleurs et chemise assortie, croc’s bleu ciel à petits citrons aux pieds, c'est en rocker que je me présente face aux établissements Courvoisier après 1h30 de route depuis la maison.

Du fait des gros épisodes pluvieux de ces dernières semaines, l'Organisation a dû se sortir les tripes pour modifier le parcours plusieurs fois cette semaine afin de permettre aux milliers de coureurs (marathon, semi et 10 km) de courir sans palmes ! Les champs, les vignes, les forêts en proximité de la Charente qui est largement sortie de son lit offrent des paysages de rizières, quelques vaguelettes allant jusqu’à lécher le bitume des routes départementales, spectacle à la fois désolant et magnifique parfois sous les rayons du soleil matinal…

Grâce à une nouvelle fenêtre météo miraculeuse qui se refermera en fin d'après-midi, nous passerons la journée à arpenter la campagne environnante entre amis sans pluie, en empruntant une première boucle sinueuse de 10 km à parcourir 2 fois, qui nous offre moults ravitos “locaux” principalement à base de Schweppes-Cognac, vin ou pineau (il y avait aussi de l‘eau ! ). 

Un stop est particulièrement spectaculaire : l’entrée des chais de l’impressionnante maison Louis Royer, richement approvisionnée tant en breuvages qu’en charcuterie, huîtres et autres gourmandises…. tout ça aux km 9 et 20 !! Auparavant sur le parcours traditionnel, nous étions au km 12, et on n’y passait “qu’une” fois…C’est donc deux fois plus dur de repartir… 

Un autre ravito sauvage vaut le détour : au premier passage, au km 6, les habitants nous offrent un petit verre de vin rouge, alors que sur la table de jardin nous remarquons une énorme entrecôte encore dans sa barquette. Au second passage, au km 16, cuite à point (donc bleu pour moi), elle nous sera offerte par ces merveilleux habitants hôtes surprises. 

Le semi nous ramène en ville et nous repartons pour une dernière boucle qui se révélera moins festive et rehaussée de longues lignes droites. Le peloton est plus que clairsemé, et nous jouissons de grands moments de solitude… De papotage en flânerie nous nous rapprochons de la ville. Au km 40, alors que nous gruppetons avec JPE78, Nath et Marie-No, je remarque qu'en se bougeant un peu on pourrait boucler en sub-6, une marque tout à fait honorable (et qui ne sert à rien). Alors Marie-No et moi partons en chasse en accélérant sérieusement (tout est relatif) notamment en dévalant la dernière ligne droite en sprint, alors que notre Alain préféré au micro décompte les secondes “moins de 6 heures” du temps officiel.

Me grillant in extremis, elle passera la ligne en 5h59:57, et moi en 6:00:02. Mais comme seul le temps puce compte, l’objectif est atteint !

Arriveront alors tous nos compères, les 78, Moïse, Pascal et Chantal… Graham “Crocodile Dundee” a signé un retour fracassant en moins de 5 heures, Olivier, je n’en parle même pas, était sous la douche à La Brède avant que nous n'en finissions… (1er M6 comme d’habitude, moins de 3h20…).

Le soir, la fameuse troisième mi-temps bouclera cette belle journée en musique, vigoureusement animée par une banda aux cuivres musclés suivie d'un groupe de rock bien rôdé. Accoudés à l’un des nombreux tonneaux dispersés dans la salle, c’est autour de petits plats, en sirotant de jolies bouteilles siglées “Le Chat rend toi” et autres (encore!!) Schweppes-Cognac ou pineaux du cru que nous nous sommes dits “A vendredi” pour nombre d’en nous, car oui, le Beaujolais nouveau est arrivé, et Villefranche-sur-Saône nous tend les bras !

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Commentaires 2

El Palmero le vendredi 24 novembre 2023 07:27

Merci Doume pour ce double voyage sur des Marathons que j'apprécie particulièrement ... toujours un plaisir de lire tes aventures CLM

Merci Doume pour ce double voyage sur des Marathons que j'apprécie particulièrement ... toujours un plaisir de lire tes aventures CLM ;)
Aïolirun le mardi 28 novembre 2023 22:11

Les fléches violettes de la cote d'azur ont encore frappé ! trés heureux de vous avoir croisé.

Les fléches violettes de la cote d'azur ont encore frappé ! trés heureux de vous avoir croisé.
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lundi 22 avril 2024

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