7 minutes reading time (1328 words)

Girona Vias Verdes 2022 : la solitude du coureur de fond

Gerone2022DL

Avant

Girona était mon deuxième rendez-vous avec les 42 km cette année, très attendu car annulé l’an dernier pour les causes que tout complotiste connait bien. “Marathon, démission !!”

Quelques jours avant les retrouvailles avec mon twin longues distances, la météo nous joua un tour imprévu : un violent épisode cévenole totalement improbable à cette époque de l’année allait perturber notre week-end de course, pile ces 2 jours-là, et pile à cet endroit. Rare double bingo qu’il  allait bien falloir accepter…

 

Samedi

Après une première partie de voyage en train, mon Nono, épaulé de Jean-Vincent “Jivé” grand traileur récent converti au Beaujolais, nous attendait à Perpignan pour terminer ensemble le voyage par la route, après avoir essuyé la tempête en traversant le Languedoc. 

Comme prévu, la pluie était hélas belle et bien présente ici aussi, pas de miracle pour le week-end… Nous arrivions donc à Platja d’Aro dans le gris, dans une ambiance vin chaud plutôt que sangria !!

Après notre installation dans un très joli hôtel face à la mer à la sortie de la ville, à 2km du départ de bus vers Gérone, nous allions retirer nos dorsales et sacs coureurs dans la salle des sports, Palau d’Esports i Congressos, qui accueillerait l'arrivée de toutes les courses prévues le lendemain. Ça y est, on était dans l’ambiance.

Pendant ce temps, et jusqu'à tard dans la soirée, dehors c’est un déluge impressionnant accompagné d’un vent à décorner les matadors, “on va se régaler”, crie le chanteur de flamenco en se tordant  de douleur ! …. 



Dimanche

Premier coup de chance: aucune trace de pluie ce matin, miracle incroyable et inespéré ! Nous parcourons tranquillement les 2 km jusqu’au départ, croisant les derniers noctambules qui rentrent se coucher, certains sont bien fatigués, les fameux paumés du petit matin…

Le parcours en ligne,la Via Verda del Carrilet, est une traversée de la campagne catalane entre Gérone et Platja d’Aro par les Vias Verdes, 80% de chemin stabilisé ou de piste cyclable, et 20% de bitume, infrastructures ferroviaires désaffectées récupérés en tant qu’itinéraires cyclables et pédestres dans le cadre du programme Voies vertes, coordonné par la Fundación de los Ferrocarriles Españoles (Intermède culturel). On part en voyant des montagnes, on arrivera au bord de la mer!

L'organisation est carrée, des bus partent dans des directions distinctes, pour convoyer les coureurs aux départs du 10 km, semi, 30 km et marathon. Il suffit juste de ne pas se tromper (j’imagine l'angoisse en sortant du bus !)

Le long du trajet, on aperçoit souvent des passages de la via verda, de longues lignes droites, des petits toboggans qui ondulent entre villes et campagne.

Sur la zone de départ, le peloton joyeux d’environ 220 coureurs profite de rayons de soleil inespérés hier! Un petit café nous permet de patienter bien au chaud.

Croc’s et t shirt violet de Laurette Fugain pour Nono et moi, Jivé en traileur (sans les bâtons). Vincent et Philippe "Tintin" sont aussi de la partie.

Bang, c’est parti, et on sort de la ville par une zone d’activité moyennement glamour, avant de pénétrer les grands espaces verts, succession de lignes droites interminables, profil que je connais bien dans mon secteur girondin côté ouest bordelais. La voie verte traverse des champs, de la garrigue, des passages presque forestiers, des parties plus ondulantes, sur un revêtement moelleux des plus confortables, sorte de grave stabilisée, aux couleurs oscillant entre blanc crayeux et latérite presque rouge. Quel confort !

Le profil est vaguement en faux plat montant jusqu’aux 2⁄3 course, puis descendant plus nettement en fin de parcours; le kilométrage est indiqué par nombre décroissant, chaque panneau nous rappelant ce qu’il reste à parcourir… Finalement, je trouve que c’est plus pénible en fin de parcours !

Les 10 km sont passés en 1h (trop vite, bien sûr), et le semi en 2h10.

Avec Nono et Jivé au départ, nous partageons les 5 premiers kilomètres, puis ils s’éloignent, sur un rythme moins lent que le mien… Vincent est juste derrière, sans doute prudent avec tous les dossards qu’il empile depuis le début de l’année ; il accompagnera un néophyte jusqu'à l’arrivée!

Je vais donc faire la traversée en solitaire pendant une trentaine de km, à l'exception d’un contact avec mon twin au km 12, à partir duquel il décide de prendre Jivé en chasse. Et parfois je n’aurai aucun contact visuel avec un autre dossard ni devant ni derrière… Un papy perturbera cet équilibre avec moi-même pendant une bonne dizaine de bornes, à chaque fois j'entends sa petite foulée saccadée, tap tap, tap tap… qui me rattrape, pour se coller juste derrière moi sans jamais me dépasser. Il ne parle pas, crachote régulièrement, et ça m’énerve un peu il faut bien dire, alors à chaque ravito, je pars avant lui, pour rentrer dans ma bulle jusqu’au prochain tap tap, tap tap… Vers le km 30, il lâchera brusquement pour ne plus revenir, ouf.

Je retrouve Nono au km 37, à l’occasion de la seule partie en aller-retour, celle où l'on peut vérifier à l'aller qu'il y a du monde devant, on est donc sur la bonne route,  et se faire peur au retour en constatant qu’il n’y en a pas tant que ça derrière! Nono avait donc presque rattrapé Jivé au prix de kilomètres à 12 à l’heure, avant de se dire que ça ne servait à rien et de décider de m’attendre. Il court donc à contre-courant jusqu’à cette fameuse jonction du km 37. Il en aura fait 44 à l’arrivée !!

On termine le parcours tranquillement (en fait sur mon rythme de croisière), essuyons une averse au dernier ravito (km 39), puis rejoignons la côte au 41ème pour une longue remontée vers le centre ville par le front de mer. Je suis vigilant sur les appuis, car les pavés sont dissymétriques et parfois déchaussés, et nombreux sont les taquins qui me rappellent que parfois le sol m’invite pour une figure de style façon triple salto; deux fois l'an dernier, au Grésivaudan puis à Liège j’ai postulé pour la plus belle gamelle! … 

Les vagues sont énormes, plus atlantiques que méditerranéennes, le ressac brumise la “promenade des espagnols" de vapeur salée, c’est la fin de cet épisode cévenole côté français. Un dernier virage à gauche nous ramène sur l’artère centrale en travaux (là aussi, gaffe où on met les pieds) et, enfin, après des heures dans un silence monastique, des spectateurs sont là pour nous encourager avec enthousiasme, criant pour accueillir les guerriers en fin de voyage ! Ça m'a rappelé l'ambiance cols du Tour de France sur certains passages de Behobie San-Sebastian, enfin des Venga et des Animo !!

Au milieu des barrières, dans une dernière puissante (si si) accélération, on rentre ensemble dans la salle de sport pour une arrivée indoor triomphale main dans la main, façon SaintéLyon ou Luxembourg. 

4h26, pas mécontent ! Mon moyen fessier - star du mois - m’a laissé à peu près tranquille, la hernie ”du sportif" s'est réveillée sur la fin, qui me pliera un peu en deux après l'arrivée. Jivé est arrivé depuis un bon quart d'heure, Vincent bouclera un peu plus tard avec son jeune padawan.

Nous avons bien mérité une cervoise et un chocolat chaud, si épais que la cuillère tient debout dedans…

Puis la pluie s’est remise à tomber peu à peu… Le miracle offert par les bienfaiteurs célestes des marathoniens était fini…

Notre hôtel surplombant le sentier des douaniers, un petit bijou naturel côtier (surtout lorsqu'il y a du soleil), on ira se dégourdir les jambes pour admirer le spectacle en refaisant le plein d’oxygène et d’iode, avant un bon repas y sangria de fin d'aventure qui conclura cette belle journée.

Le lendemain, après un passage à la Jonquera pour relever quelques niveaux fondamentaux, tchou tchou nous regagnions nos pénates bordelaises, non sans avoir affiné la logistique des prochains rendez-vous… Ce week-end nous aura ainsi permis de concrétiser l’idée d’aller traîner nos guêtres en Italie du côté d’Orta chez l’ami Paolo cet été… viva Espana, et viva Italia !

TRAIL EN TERRES D'OC à La Salvetat sur Agout (34)
 

Commentaires 1

SYLVIE le samedi 2 avril 2022 06:48

sympa ton article ça donne vraiment envie d'y aller mais avec un groupe clmien pour ne pas se sentir trop seul !

sympa ton article ça donne vraiment envie d'y aller mais avec un groupe clmien pour ne pas se sentir trop seul !
Déjà inscrit ? Connectez-vous ici
Invité
mardi 5 juillet 2022

By accepting you will be accessing a service provided by a third-party external to https://www.courirlemonde.org/