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Cernay 2022 - Glaciale conjuration covidienne

Cernay-ravito-especial

Depuis le bouquet final de 2021, avec l'enchaînement Cognac - Beaujolais - La Rochelle, j’ai tiré beaucoup de plans sur la comète 2022, envies de dossards potentiellement contrariées par les annulations qui revenaient, le variant nouveau ayant succédé à sa version vinique…    

Miracle, Cernay n'était pas annulé, et ce samedi de début janvier, j’étais accueilli et bichonné à Maule par la Robocop family, le week-end commençait par un petit repas bien accompagné de quelques breuvages viniques sélectionnés avec soin par Laurent, Maître des lieux et oenologue éclairé qui gagnerait à être connu sous cet aspect romantico-technique.

Le soir, la traditionnelle pasta CLM à Versailles réunissait 11 joyeux convives, ambassadeurs de CLM et de l’ASM (Pas Clermont, Maule!). J’y ai beaucoup trop mangé, me piégeant d’entrée par un antipasti burrata pour accompagner une caipiroska (il n’y avait plus de rhum), suivi d’un énorme plat de linguine, et d’un sorbet pour finir. 

La météo de samedi était exécrable mais s'annonçait plus clémente pour dimanche. La suite montrera que parfois il ne faut pas se fier aux prévisions…

 

Dimanche matin, nous partons tôt sous la bruine pour aller retirer mon dossard; une paire de gants nous est offerte, dotation de circonstance, et le ciel se dégage - miracle toujours très attendu - autour de la zone de départ, où la ligne du même nom n’est d'ailleurs pas matérialisée! 

Le peloton est lâché, content d'aller pouvoir se réchauffer, et nous sommes tout de suite dans la campagne, profitant d’une vue panoramique sur les champs alentour. Un fort vent de travers (établi à 20km/h, rafales jusqu’à 50) nous cingle un peu, il fait 4°C. J’ai empilé un mille-feuilles spécial hiver composé d’un t-shirt manches longues, un coupe-vent sans manches et un coupe vent imperméable avec capuche en plus du bonnet et des gants. Je ne vais pas le regretter ! Même si au niveau de mes croc’s je sens bien les pieds refroidir…

 

La 1ere boucle parcourt la campagne, essentiellement des champs à perte de vue et un peu de forêt. Le parcours ondule gentiment, le maigre peloton s'est vite étiré, j’essaie de maintenir une cadence de pas élevée, suivant ainsi les bons conseils de ma kiné. Le ciel se dégage encore un peu, laissant passer quelques rayons de soleil. Protégés du vent dans les passages forestiers c’est presque agréable, et je tombe alors gants et capuche.

On partage les km avec Laurent et ses acolytes de l'AS Maule. puis avec Alex à partir du 15ème km. Les ravitaillements sont classiques, quoique allégés pour cause de covid, eau, coca  et quartiers d’orange. Nos arrêts marqués aux ravitos font qu'on joue au yoyo avec Aurélie la Licorne, elle nous passe, on la repasse, "mais, t'es encore devant?”, ce sera ainsi presque jusqu'à la fin. Nous avons clairement démasqué sa technique, en fait elles sont 4 ou 5, et c'est un ekiden arc-en-ciel qu’elles vont boucler aujourd'hui ! 

Ma hernie “du sportif" se réveille, les douleurs lombaires aussi, c’est mon quotidien de coureur depuis des mois.  Le ciel change peu à peu, s'assombrit et menace depuis quelques km, on espère tous que la pluie ne nous attaquera pas trop tôt…

Une première barrière horaire est fixée à 2h30 au km 20. Pas de problème, on passe en 2h03 pour virer dans Cernay et repartir pour la 2ème boucle par une grande et longue descente en forêt à la sortie de la ville. 

Surprise en bas, au poste de ravito officiel (eau, coca, quartiers d’oranges) s’est ajouté un petit supplément festif privatif convoyé en sac à dos “je-prépare-l’éco-trail-de-Paris” par Eric de l’ASM, avec saucisson, pâté en croûte, chips et petit vin blanc fort gouleyant,  les officiels n’en croient pas leurs yeux, les coureurs de passage encore moins ! On prépare la saison des festifs !

C’était le passage du semi, 2h09… avant ce long arrêt!  Le redémarrage est un peu compliqué, on s'est très vite refroidis et on repart en côte bien sûr… De plus, la pluie se manifeste une première fois par le biais d'une petite averse. On recapuche, on ferme les écoutilles, on se concentre…

 http://www.courirlemonde.org/images/easyblog_articles/185/Cernay-ravito-especial.jpg

La 2ème partie de la course est constituée d'une boucle beaucoup plus exigeante en termes de dénivelé et de terrain que la première, autant dire que les coureurs du semi ont été chanceux!

La route sinue d’abord dans la forêt bordée de hauts murs de pierre cachant sans doute de belles bâtisses. Difficile de faire passer le regard de mes croc’s vers l’abbaye de Vaux de Cernay qu'on longe bientôt. 

Puis on traverse Auffargis avant d’attaquer une dernière longue côte vent de face, qui nous amène à une bifurcation sur la droite. Lorsque, pour nous rassurer sur la fin des montées, le bénévole nous annonce que nous allons être désormais sur un plateau, j’ai tout de suite visualisé des virevoltants soulevés par un vent glacial balayant la plaine. Bingo! Quelques instants plus tard, soit juste avant le 30eme km, le ciel s’ouvre, déversant brusquement un rideau de pluie qui nous cingle de biais, aucun obstacle ne venant contrecarrer le vent, de travers maintenant. Avec Alex on papote pour faire passer le (mauvais) temps plus vite, et nous allons bientôt rentrer dans la forêt par une sorte de piste cyclable détrempée et souvent inondée. Je me dis que sous un ciel bleu, la traversée serait magnifique…

Soudainement, un passage en courbe n’est qu’une longue flaque, qui prend toute la largeur de la piste; avec Alex on coupe le virage au milieu des tapis de feuilles mortes pour éviter la noyade de ses sandales et de mes crocs, c’est raté, et dans un grand splatch, mon pied droit disparaît, baptême boueux réussi !

Puis il me distance peu à peu et prend le large. Pendant quelques km seul avec moi-même, je vais adopter un petit rythme de croisière qui me convient, remontant 3-4 concurrents, pour arriver au ravitaillement du km 35. Un bénévole me dit : "Ravito ici, pique-nique en face”! Je me retourne et aperçois Eric qui me fait des grands gestes, le 2ème ravito privatif est prêt à nous accueillir, qui concurrence à nouveau le poste officiel. Même petit verre de vin et charcuterie, mais c’est vite reparti, car il fait froid et la pluie recommence. Elle ne nous quittera plus… En repartant, je remercie les officiels de leur présence, ils souffrent autant que nous… 

Sortie de la forêt par une longue descente sur une route ruisselante, il faut rester vigilant, d'une part pour ne pas glisser ou trébucher dans la descente, d'autre part la circulation n'est pas interrompue et il n'y a pas de trottoir, heureusement nous sommes dimanche… Un panneau "plus que 4km” me salue, puis un autre "plus que 2km” me galvanise, avant d'aborder le dernier cadeau de l'organisation, une belle côte d’un km au 40ème… que par orgueil-obstination-nevergiveup je courrai jusqu’au bout en toutes petites foulées.

Dernières rues désertes, dernier virage, je reconnais le stade d'où nous sommes partis, et dans un ultime effort en levant bien les pieds sur cette portion de grave détrempée je franchis la ligne en 4h41. J’aurai droit à une interview “crocs”, le speaker n’ayant jamais vu ça…  Ça me surprend toujours!

 

En 20 minutes, toute la troupe est arrivée à bon port, Cagouille un peu plus tard, bouclant son 99ème opus! On nous remet une médaille originale et un sac de ravitaillement final. Tremblant un peu de froid, nous rentrerons vite “à la maison" chez Laurent pour une douche chaude salvatrice avant le traditionnel banquet de fin d'aventure; Hélas le temps passe toujours vite quand on est bien, et il faut vite replonger dans un TER avant le TGV vers le Sud !

 

Au bilan, sans cette météo exécrable, ce parcours bucolique aurait été bien plus plaisant quoique pas facile (360D+) avec des terrains variés entre bitume, pistes forestières en grave, trottoirs, pavés… c’est vrai que début janvier en région parisienne il ne faut pas s’attendre à un pic de chaleur… Cette course que je découvrais aura eu le mérite de débloquer le compteur 2022 très tôt dans la saison, et surtout de m’offrir le plaisir de partager des bons moments avec les tôliers locaux de Courir Le Monde, bons moments devenus tellement incertains et donc si précieux depuis le début de cette pandémie…   

TRAIL EN TERRES D'OC à La Salvetat sur Agout (34)
 

Commentaires 4

DingDong le lundi 17 janvier 2022 20:50

Bravo pour avoir bravé le froid et la pluie ! Content de t'y avoir croisé

Bravo pour avoir bravé le froid et la pluie ! Content de t'y avoir croisé :)
PP78 le mardi 18 janvier 2022 11:31

Bien joué Bro' .Il fera meilleur à Givry ! RDV est pris pour Cernay 2023 , n'est-ce pas ?

Bien joué Bro' .Il fera meilleur à Givry ! RDV est pris pour Cernay 2023 , n'est-ce pas ? :D
Ericand le mardi 18 janvier 2022 20:46

Merci pour ce beau récit. Cela permet de nous remémorer cette belle balade de 42,195 km.
Avec Jo, nous n'étions pas si loin derrière vous et si on avait su, nous aurions accéléré pour vous retrouver à vos magnifiques ravitos gastronomiques en comparaison des ravitos proposés par l'organisation.
J'ai quand même eu la chance d'avoir mon ravito perso au 35 eme avec des chips et pistaches que j'ai pu manger avec Jo dans la longue descente.
Bien que pas facile du tout par son parcours mais aussi par la météo, c'est un marathon que je pense recourir pour une 2eme participation, en 2023.

Merci pour ce beau récit. Cela permet de nous remémorer cette belle balade de 42,195 km. Avec Jo, nous n'étions pas si loin derrière vous et si on avait su, nous aurions accéléré pour vous retrouver à vos magnifiques ravitos gastronomiques en comparaison des ravitos proposés par l'organisation. J'ai quand même eu la chance d'avoir mon ravito perso au 35 eme avec des chips et pistaches que j'ai pu manger avec Jo dans la longue descente. Bien que pas facile du tout par son parcours mais aussi par la météo, c'est un marathon que je pense recourir pour une 2eme participation, en 2023.
El Palmero le mercredi 19 janvier 2022 06:51

"m’offrir le plaisir de partager des bons moments avec les tôliers locaux de Courir Le Monde" là est bien le plus important! Vive les BIG RDV CLM et merci pour ton récit de cette aventure glaciale parisienne!

"m’offrir le plaisir de partager des bons moments avec les tôliers locaux de Courir Le Monde" là est bien le plus important! Vive les BIG RDV CLM et merci pour ton récit de cette aventure glaciale parisienne!
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dimanche 22 mai 2022

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