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Orta 2023 - Un lionceau dans l’Arène

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Un an après que l'idée folle ait germé dans nos esprits, Nono et moi repartions enfin vers Orta pour tenter de boucler l’intégrale de ces “Ten in ten”, un an à patienter et à rêver cette aventure…

 

Je rappelle la présentation du parcours, cet aller-retour de 10,5km au bord du lac, composé à 85% de bitume et de sentiers stabilisés – gravillons pour le reste, avec quelques passages ombragés. Je le décompose en 3 grandes parties, la première (km 0 - 5), beaucoup de chemins et peu de bitume, quelques petites montées, la seconde (km 5 - 7,5) sur route, plutôt plat le long du lac jusqu’à la sortie de Pella, et la 3ème (km 7,5 – 10,5), large ruban de bitume qui ondule en une succession de montées et descentes jusqu’au demi-tour à Ronco. Au total, on cumule environ 400m en le parcourant 4 fois.

Vu par mes croc’s, cela donne ça : 300 mètres après le départ du Lido di Gozzano, on emprunte un sentier de graviers gris le long d’un vieux mur de pierres à l’ombre de grands arbres en bord de lac, au bout duquel un tout petit coup de cul nous sort de la forêt. Une première fontaine bien fraîche nous tend les bras juste avant le km 2. Ensuite, c’est une petite partie bitume, la route ondule entre lac et jolies maisons, et nous ramène sur un nouveau petit chemin de graviers juste après le km 3, on quitte alors  la route pour  un passage plutôt ombragé qui serpente et se rétrécit, coincé entre 2 murets (lors du premier passage, on se plaque au mur pour laisser passer la tête de course du 10km déjà sur le retour), auquel succède un large sentier poussiéreux plein de racines assassines longeant l’eau, c’est le km 4, qui nous amène au bord du lac par une ligne droite encadrée de petites haies, puis par un sentier en gravier débouchant sur la plage, bondée le week-end.

En sortie, on débouche sur une grosse montée (un mur !) sur un très ancien revêtement bien dégradé et vaguement pavé. En sortant de la descente bitumée suivante, on retrouve la route pour traverser alors le petit village de Lagna rappelant certains passages du Marathon des Vignobles d’Alsace, avec son lavoir, ses balcons fleuris et ses jardinets - ainsi qu’une fontaine, stop systématique pour détremper la casquette ou le buff - pour atteindre le poste de ravitaillement du km 5 au dessus d’un petit pont enjambant un ruisseau, petit coin de fraîcheur où sont proposés eau fraîche, plate ou gazeuse, coca, tomates, biscuits salés, petits croûtons de pain, assiette de gros sel, quelques bières (au deuxième tour) et d’énormes pastèques… 

Virage à droite en sortie, on reprend la route, ouverte à la circulation. Après avoir longé une station d’épuration, l’attraction la moins glamour du circuit, le profil descendant nous amène alors à l’entrée de Pella, (le panneau lumineux ne fonctionne pas cette année, cf récit 2022)… On emprunte alors une promenade pavée de rouge au bord de l'eau, jalonnée de pontons de bois, offrant une vue spectaculaire sur le lac et ses montagnes environnantes, et surtout l'île de San Giulio au milieu de cette beauté… Le km 6 est passé. Une petite fontaine en sortie, puis un peu de route en ville, une seconde fontaine, et nous entrons dans le petit port en centre ville au km 7, on longe l’accostage de quelques bateaux et quelques bars sur une portion pavée dont on sort en courbe vers la gauche, après avoir effectué une boucle à l’extrémité du ponton (km 7,363 - 28,460 au deuxième tour). Dans ce passage, deux toilettes de chantier me sauveront la vie plusieurs fois… La sortie du bourg amorce la lente montée sur les hauts de Pella, pour nous amener à Ronco.

Un virage à droite. C’est alors une large route bitumée qui commence par une forte montée - on passe le km 8 dans l’ascension - puis serpente et ondule vers Ronco. Le km 9 est perdu au milieu d’une alternance d’interminables faux-plats descendants (à l’aller) ou montants (au retour) au-dessus de Pella qui offre de très belles vues plongeantes sur le lac. Les touristes sont toujours là, surtout les week-ends, qui viennent pique-niquer ici en camping car, l’endroit étant équipé de petites tables en bois… et d'une fontaine! Lorsqu’on aperçoit le panneau du km 10, commence la grosse montée vers Ronco et on arrive en côte au second poste de ravitaillement, juste en face d’une une source bien fraîche sortant de la paroi rocheuse de l’autre côté de la route. Même menu que celui du km 5. Enfin, 500 mètres plus loin, c’est le sommet et le demi-tour à Ronco, avec un dernier petit coup de cul de derrière les fagots, qui nous achève avant de repartir vers Gozzano.

Après l'arrivée, chaque jour une partie de plage privatisée, le Marathon Paradise, est spécialement dédiée aux coureurs pour récupérer tranquillement en bord de lac, avec marmite de pâtes qui cuit tout l'après-midi, bière, animation musicale avec DJ sur une estrade qui sert à accueillir chaque jour quelques coureurs mis à l’honneur car fêtant leur 100ème, 500ème, 1600ème (!!) etc… marathon. A cette occasion le Président Paolo Gino interviewe les coureurs, leur offre un macaron du club au nombre de marathons après quoi des gâteaux à leur effigie et palmarès sont offerts à tous avec prosecco…Merveilleux sens de l'accueil et de l’amitié… Le répertoire populaire italien y passe chaque jour : Gloria, Felicita, E Salachi, Volare, White is white (version transalpine)...

 

Mais revenons sur la course, à travers cet authentique et incroyable témoignage, le “Journal de bord de Domenico, le lion(ceau)* du Taillan ”.



Le voyage depuis Nice a été très pluvieux vendredi sous un ciel noir, on se demandait ce qui se passait en voyant de nombreuses voitures s’arrêter sur l’autoroute pour aller s’abriter sous des ponts ! Heureusement, la météo vire à nouveau au grand bleu ce samedi matin, a priori pour longtemps. Ouf..

On a repris le même hébergement en bord de lac que l’an dernier, le Notte sul Lago, dirigé par une charmante mamie qui ne parle pas un mot de français, soit le même niveau que notre italien…et pour se rendre au départ, nous avons 400 m de marche le long de la route, puis empruntons un sentier qui plonge directement vers le lac depuis un virage. Sa pente est assez forte,alors on a installé une corde d'une vingtaine de mètres, solidement arrimée à la glissière de sécurité pour descendre et remonter chaque jour en rappel !

 

Day 1

Après le premier lever à 6h d’une série de 10, nous nous rendons au départ pour retirer nos dossards, c’est un peu le bazard sur la zone,  du coup on partira avec 30 min de retard, à 8h30.

Tout de suite on est dans une ambiance retrouvailles avec les copains Pascal, Chantal, Jean-Louis Crocs Man en sandales, Gaëtan habituel soldat romain, (c’est la première fois que je le vois en coureur), la fidèle Carla, et tous les habitués italiens ou internationaux, Adam vainqueur l'an dernier, Giorgio 3 fois champion du Monde de 100km, Jane l'Australienne et Peter son mari, Karl-Alfred l'Autrichien boulimique de séries, et toute une brochette de coureurs/ses au palmarès d'alien entre 250 et 1600 marathons au compteur! On a beau le savoir maintenant, on est toujours impressionnés, le mot est faible... tous humbles et d'une gentillesse extrême, créant cette atmosphère amicale quasi familiale. Après le discours inaugural de Paolo le grand Commandatore de cet excellent Club Super Marathon Italia où Nono et moi avons signé l’an dernier (tesseri 868 et 869), le peloton est enfin lâché tous coureurs confondus, 10, 21, 42 et 50 km. Menu à la carte, chacun peut faire la ou les courses qu’il souhaite.

La course a été tranquille jusqu'au semi après quoi très vite (c'est dingue comme on peut changer d'état de forme en quelques km) la forme à décliné inversement proportionnellement à l'augmentation de la température... 27°C très vite et soleil sans nuage, alternance marche-course au gré du profil de la course (470 D+ au total). “Hernia”, ma hernie du sportif gauche, s'est réveillée petit à petit, ainsi qu'une vieille douleur osseuse au pied droit, vite lancinante au point de concentrer toute mon attention dessus jusqu'à l'arrivée. Demain je ferai une infidélité à mes croc's pour mes Hoka d'entraînement dont les semelles soutiendront peut-être mieux ma voûte plantaire...

De fontaine en fontaine, on a déroulé ce parcours qu'on connaît par cœur, se délectant de pastèques et tomates à la croque au sel aux ravitos. Nous avons retrouvé ce grand plaisir de saluer tous nos amis à chaque fois que l'on se croise, à grands coups de “Braavo, braavi, braava” ! et autres “Forzaaaa Ragazzi”, “Grande” !!...

J'ai partagé la quasi-totalité de la course avec Nono, et sur les derniers passages à chaque ravito, on a repris cette euphorisante habitude de dire “A domani!” aux bénévoles !

Profitant d’un regain de forme, j'ai terminé un peu plus fort sur les 4 derniers km pour finir ce 1er épisode en 5h22, mon PB ici, 3 minutes avant lui. (C'est aussi sans doute pourquoi je me sentais fatigué et en forme moyenne dans la 2ème partie de la course). 

Après avoir reçu une -première- jolie médaille émaillée blanche, nous sommes allés récupérer un peu de nos efforts avec un bon plat de pâtes au Marathon Paradise, un trempage des pieds dans le lac (un petit bonheur), après quoi on rentrait au gîte pour souffler et retaper la machine pour le lendemain.

 

Day 2

Il fait toujours aussi chaud, aussi beau. Tout le long de ma course, j’ai ressenti les mêmes petites douleurs, mais je les affronte avec le même mental...

J’ai donc repris mes Hoka, pardon à mes crocs,  pour essayer de juguler cette violente douleur osseuse au pied droit, j’ai l’impression de prendre des coups de marteau sur le scaphoïde... Au final, je mettrai 3 minutes de plus qu'hier, Nono 7, nous sommes contents et avec la sensation d'être un peu moins fatigués qu'hier.

On retiendra aussi de ce jour la traversée de Pella en fête avec la journée Pirates, toute la bourgade s’est donné rendez-vous sur la promenade pour venir manger des panini ou boire des bières. Fendre une foule qui se fiche complètement des coureurs était assez amusant, heureusement qu'on n'était pas là pour le chrono !

5h25 pour moi, 5h32 pour Nono. L'aventure continue domani !

 

Day 3

A froid au lever les jambes sont raides, du meilleur bois; la douleur au scaphoïde est tenace, lancinante.... aïe aïe, il va falloir chauffer tout ça.

… Ce sera une journée sans!

Grosse panne de quadriceps pour moi pendant la course, ils sont redevenus un peu fonctionnels au bout de 35 km et j'ai alors fini honnêtement en courant pas trop mal les 4 derniers km, comme tous les jours d'ailleurs... avant j'ai eu de longs moments de solitude, le peloton ayant bien diminué après le week-end... On comptera seulement 65 arrivants aujourd'hui.

Nono a souffert d'une violente migraine jusqu'aux ⅔ de la  course (de ces migraines qui le réveillent en pleine nuit pour s’injecter un puissant vasoconstricteur dans la cuisse), il a été héroïque tout le long, avant d'envoyer du bois sur la fin de course, lui qui avait des jambes de feu, et de me mettre  7 minutes dans la vue à l'arrivée ! Nono 5h29, Doumé 5h 36.

 

Day 4

Nous sommes sur une configuration bien différente aujourd'hui! Aucune alerte migraine pour Nono cette nuit, il pète le feu.

Mes quads vont un peu mieux, ils sont moins raides, le scaphoïde n'a pas empiré...

Au départ je le verrai 300 mètres,  puis... au 1er croisement sur les hauteurs de Ronco, moi montant en marchant (normal), lui en courant, puis juste après le semi, il a bien 2 km d'avance, et à nouveau à Ronco. 4h54 à l'arrivée, il a honoré son 99ème marathon !!

J'ai donc couru en solitaire aujourd'hui, heureusement qu'on croise tous nos amis plusieurs fois sur le parcours ! Les jambes un peu moins fatiguées qu'hier, en ajustant ma cadence de course au rythme qui me convient, j'arrive à progresser correctement. J'ai juste un souci avec les descentes, mes quads n'en veulent plus! Donc je descends quasiment en marchant... 2h37 au semi, 12 min de mieux qu'hier. Sur le second semi je vais essayer de répéter ma course d'hier, ce sera chose faite en essayant de résister à la tentation de la marche ou d’arrêts trop longs aux ravitos, pour finir en 5h23. Nous sommes encore une fois contents de notre journée !!

Mais aussi curieux d'être à demain, pour courir un cinquième marathon consécutif, ce qui sera une grande première pour nous deux, ... et le 100ème de Nono! En attendant, quel plaisir dans notre paradis de récup  de prendre une chaise en résine, de la mettre à l'eau et de s'asseoir les jambes - voire les fesses - au frais à contempler la nature…

 

Day 5

Ce sera une journée un peu difficile, les quads sont de moins en moins douloureux mais n'ont plus beaucoup d'énergie ! Il a